Approches Coopératives Publications et formation sur les méthodes coopératives

Approches coopératives : solidarité et renouveau après la guerre

La bonne odeur de la "coopé"

Le 17/02/2026 0

Lectrice, lecteur, je te fais un aveu : écrire un blog positif et humaniste devient difficile quand on voit tous les jours combien d’humains consacrent une énorme énergie à faire le malheur de leurs semblables pour leur plus grande gloire. On s’interroge alors sur la devise de l’APAC due à Kofi Annan, ex-Secrétaire Général de l'ONU : ”La seule voie qui offre quelque espoir d'un avenir meilleur pour toute l'humanité est celle de la coopération et du partenariat.” Certes ! Mais où, quand, comment ? Un lointain souvenir m’est alors revenu qui illustre cette citation et m’a réconforté. 

 

Dans le village de la haute Provence de mes vacances d’enfant, peu d’années après la Libération, beaucoup de choses restaient marquées par le conflit et « l’occupation » qui avait été sévère et meurtrière. On se remettait lentement, mais on était encore loin des années d’abondance. Pour s’approvisionner il y avait le boucher, le boulanger et « La Coopérative ». 
Installée dans une ancienne chapelle, elle avait quelque chose de mystique. On y accédait en montant quelques marches et en passant une haute porte voutée. On était tout de suite dans une pénombre intimidante où flottaient les senteurs d’un encens d’herbes aromatiques et de légumes frais. Le couple qui tenait cette institution portait une longue blouse grise quasi monacale et officiait presque liturgiquement. Les dix commandements des coopérateurs étaient affichés en bonne place. Quand on manquait encore de tout, la Coopérative était salvatrice. 
Et elle portait bien son nom, plus que clients, on était associés,  connus et reconnus. Le lait que j’allais chercher dans un pot en alu venait des vaches de Madame Rebuffel qui passaient devant notre jardin deux fois par jour. S’il n’y avait pas de haricots verts, c’était à cause du lumbago du jardinier Antonin. A la « coopé » tout et tous avaient une histoire, les villageois secoués par la guerre se retrouvaient nécessairement à cet endroit vital. Même si certains « ne pouvaient pas se voir » ! 
On y était des fidèles, mon grand-père allait aux assemblées, ma grand-mère collait soigneusement des timbres gagnés à chaque achat en vue d’un gain convoité et moi je collectionnais des vignettes d’autos de course… 
Je n’évoque pas cette institution par quelque nostalgie passéiste, mais parce que j’y vois une image de ces chemins de renouveau que les humains tracent après les effondrements : œuvrer ensemble pour l’essentiel. Et que je crains que ce soit précisément ce sentiment profond de solidarité et de coopération dépassant les individualités que les artisans du chaos veulent éradiquer, au profit de la toujours présente raison du plus fort tapie sous les ors des palais et dans les cerveaux retors. 

Michel Seyrat

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam