No king
No king ! Les manifestants des États-Unis scandant ce slogan ont retrouvé la lucidité des citoyens romains : pas de roi en république ! César lui-même n’était donc pas devenu roi, mais il a construit le césarisme tel que le définit Wikipédia : « le pouvoir est concentré entre les mains d’un homme fort, charismatique, appuyé par le peuple, de préférence chef militaire. Ce type de régime peut comporter une forte dimension démagogique, voire populiste, dans le sens où le chef tirerait officiellement sa légitimité directement du peuple et contre l'élite. » Au quart du XXI° siècle, cette tentation agite de nombreux chefs d’états puissants et nombre d’autres moins influents, après avoir été largement pratiqué au XX° siècle.
Résistance
A l’instar de Brutus et Cassius organisant l’assassinat de César, le césarisme engendre des résistances qui permettent généralement, et parfois tardivement, que les citoyens relèvent la tête. Hugo résiste à Napoléon III, de Gaulle à Pétain, Zelenski à Poutine, mais elles ne triomphent que quand le peuple prend le relai, en se révoltant, luttant ou votant ! Mais du dictateur à sa chute, que de malheurs ! Pourtant, sorties de la domination, de belles années suivent souvent : la III° République après le second empire, les Trente Glorieuses après la 2 ème Guerre Mondiale. Les résistances promeuvent des idées généreuses.
Lendemains
Il en a été ainsi après les funestes dictatures du XX° siècle, des Hitler, Mussolini ou Franco, le monde a construit des coopérations comme jamais. A partir des Nations Unis, de nombreux organismes d’échanges, de régulation, de justice se sont installés, engendrant trois-quarts de siècle sinon en paix du moins pas en guerre universelle. Sans empêcher pour autant les Pinochet et Vidella, Mao ou Pol Pot, Salazar ou Bokassa. Malgré eux, on pouvait croire que le système, parfois cahotant, de la démocratie classique, fondée sur des majorités élues honnêtement, allait triompher. Mais c’était sans compter sur la mémoire erratique des peuples.
In memoriam
Toutes les idéologies aiment violer l’Histoire, ainsi les Gaulois sont-ils devenus nos ancêtres uniques quand la III° République a voulu uniformiser « un pays où il existe 258 variétés de fromages » selon C. de Gaulle (en fait plus de 1200 répertoriées !). L’amnésie est une caractéristique des idéologues. Il y a toujours des nouveaux nazis, fascistes, franquistes, tenant de Vidella ou Pinochet, nostalgiques de Staline ou d’Ivan le Terrible, brandissant tronçonneuses et slogans sanglants. Deux générations suffisent à oublier tous les pogroms et toutes les ruines, à oublier les mères de la Place de Mai à Buenos Aires et les foules défilant pour la paix. A peine épargné par une balle qui le visait, Donald Trump criait Fight ! Fight ! Fight ! tout en rêvant du Prix Nobel de la Paix.
Ave Cesar…
…Ceux qui vont mourir te saluent ! Car, au bout du compte, comme les gladiateurs dans le cirque, les citoyens souffrent dans l’arène des violences du César du moment, encensé par ses thuriféraires, exploité par ses courtisans, encouragé par les oligarques, protégé par sa garde prétorienne. Quand des César ivres détruisent, bombardent, tuent, ou projettent de le faire, moquant et méprisant tous les efforts de pacification, il faut, pour préserver l’avenir, distinguer César de son peuple, garder la tête froide, consolider les processus démocratiques, intensifier toutes les coopérations porteuses de paix. Tous les César aiment les bruits de bottes et détestent les longs défilés silencieux qui les défient.
Michel Seyrat