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Listes citoyennes 2026 : bilan, enjeux et perspectives

Démocratie représentative locale

Le 14/03/2026 0

En juillet 2021, le numéro 11 d’approches Coopératives, intitulé « La démocratie représentative », racontait la saga des listes citoyennes, animées par une démarche coopérative, aux élections municipales qui venaient d’avoir lieu. Le numéro s’appuyait sur l’expérience de la municipalité de Saillans et sur celle de Kingershiem, ainsi que sur les analyses de Christin Proust, auteur du livre « Oser s’impliquer dans la vie politique locale ».

La démocratie représentative locale : une démarche coopérative

Où en sommes-nous en 2026 ?

Le mouvement des listes citoyennes et participatives se définit par une volonté de changer les règles de gouvernance locale en dehors des partis politiques traditionnels. Leurs critères principaux incluent la déprofessionnalisation des élus, l'élaboration de programmes par mobilisation citoyenne et la création d'institutions permettant aux habitants de participer directement à l'action publique. En plein essor, le mouvement est passé de 400 listes candidates en 2020 à près de 700 listes prévues pour le scrutin de 2026.

Dans le Monde du 12 mars, le politiste Guillaume Gourgues, coauteur de Des citoyens à la conquête des villes (avec Myriam Bachir, Rémi Lefebvre, Jessica Sainty, CNRS, 2023), dresse un bilan contrasté du mouvement des listes citoyennes et s’alarme de la « résignation politique » qui guette la démocratie locale.

Bilan du mandat 2020-2026

  • Si l'ouverture a permis l'élection de nombreux novices en politique, le profil sociologique des élus reste majoritairement composé de cadres et de diplômés.
  • Les municipalités conquises (comme Poitiers ou La Crèche) ont mené des politiques progressistes axées sur l'écologie et la justice sociale, notamment via les circuits courts dans les cantines ou le logement social.
  • Des dispositifs comme des assemblées citoyennes tirées au sort ou le droit d'interpellation par pétition ont été expérimentés pour favoriser l'horizontalité des décisions.

Les freins et limites institutionnels

Le mouvement se heurte à une « monarchie municipale » et à un cadre institutionnel rigide. Les principaux obstacles identifiés sont :

  • Le carcan administratif : La complexité des règles de décentralisation, les rapports avec les préfectures et le poids des intercommunalités limitent la marge de manœuvre.
  • Les contraintes budgétaires : L'État impose des économies tout en transférant des dépenses aux collectivités.
  • L'essoufflement militant : La victoire électorale a parfois absorbé l'énergie des collectifs, laissant peu de force pour maintenir une dynamique de terrain après l'élection.

Pour Guillaume Gourgues, la survie de la dynamique citoyenne locale repose sur la lutte contre la résignation politique. Il souligne la nécessité de :

  • Redonner aux habitants une capacité d'auto-organisation.
  • Défendre les contre-pouvoirs associatifs face aux pressions de dépolitisation et aux injonctions à la neutralité.
  • Prouver que la démocratie locale peut réellement transformer le quotidien malgré les obstacles institutionnels.

On observera avec intérêt l'impact des 700 listes citoyennes aux prochaines élections municipales

 

Dominique Bénard

(Photo : affiches des candidats pour les élections municipales 2014 à Laval. Auteur : GwendalCreative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported).

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