Les récentes élections municipales ont enregistrée à nouveau une montée des extrêmes.
Elle ne traduit pas un rejet de la démocratie par les citoyens, mais plutôt un profond sentiment de « dépossession démocratique ». Les Français restent attachés au régime démocratique tout en critiquant sa mise en œuvre actuelle, perçue comme élitiste, déconnectée et sourde aux attentes populaires. Face à ce constat, les approches coopératives et délibératives apparaissent comme des leviers essentiels pour restaurer la confiance et répondre aux aspirations de la société.
Partager le pouvoir pour restaurer la légitimité
Le cœur du problème réside dans l'atrophie des canaux de participation. Pour lutter contre les extrêmes, il est impératif de passer d'une démocratie purement représentative à une « démocratie ouverte ». Cela nécessite :
- L'institutionnalisation d'assemblées citoyennes tirées au sort pour garantir la diversité et la qualité du débat.
- Un véritable partage du pouvoir : les autorités doivent accepter l'incertitude de la délibération et transformer la participation citoyenne en décisions concrètes plutôt que de la cantonner à un rôle consultatif.
- La co-construction de diagnostics avec les habitants sur le terrain pour réintroduire le « savoir d'usage » dans la décision publique.
Réinvestir le terrain social et le « pouvoir de vivre »
La dynamique de l'extrême droite s'appuie sur l'insécurité sociale et le sentiment de déclassement. Les approches coopératives permettent de s'attaquer à ces racines en :
- Réinvestissant le champ social par des actions collectives sur des sujets concrets comme le logement, le pouvoir d'achat et les services publics de proximité.
- Favorisant le compromis et le dialogue au sein de la société civile pour maintenir les communes comme des espaces de solidarité et de liberté, à rebours des logiques de division.
- Développant l'éducation populaire pour transformer l'indignation en engagement constructif et renforcer l'esprit critique.
Une bataille culturelle par le récit collectif
Enfin, contrer les extrêmes demande de proposer une alternative au récit nationaliste. Les approches coopératives encouragent la création de contre-récits mettant en scène une histoire collective de solidarité et de résistance. En valorisant la nuance, l'ambiguïté et le désaccord fécond, on désarme la résignation et on redonne « envie d'agir » pour mieux habiter le monde.
En somme, la coopération n'est pas une option morale, mais une stratégie politique concrète. En hybridant délibération, expertise et participation, les institutions peuvent répondre au souhait d'une implication directe des citoyens et ainsi éteindre les braises de l'exclusion.
Dominique BÉNARD