Une autre conception de la richesse
La véritable richesse n’est pas dans l’accumulation de capital, mais dans la solidarité humaine.
Dans un contexte de contraintes énergétiques et écologiques croissantes, baisse tendancielle du surplus énergétique, coûts élevés de la transition, pression de l’IA sur les ressources, hausse des pertes liées aux catastrophes, et accessibilité réduite du pétrole à moyen terme (les pays producteurs priorisant leurs besoins internes), les grands systèmes de solidarité fondés sur la croissance et la redistribution impersonnelle à grande échelle deviennent fragiles.
Des inégalités qui écartent la notion de progrès
La cartographie de l’humanité révèle des situations très inégales : une minorité, majoritairement occidentale, à haute consommation énergétique et matérielle, de vastes populations en situation intermédiaire, principalement en Asie, et des centaines de millions de personnes encore en précarité structurelle, particulièrement vulnérables.
Généraliser le mode de vie à forte empreinte est incompatible avec les limites des systèmes naturels. La notion de « progrès » doit être écarté : la trajectoire d’augmentation de la consommation a aussi détruit une partie des bases vivantes dont dépend l’espèce.
La solidarité doit se recentrer
Dans ce cadre, une solidarité orientée vers la survie et un minimum de bien-être collectif ne peut plus reposer sur l’abondance croissante.
Elle doit se recentrer sur :
- L’échelle locale et régionale, où la réciprocité reste visible et contrôlable ;
- Le partage prioritaire des connaissances utiles (agriculture, eau, santé de base, réparation, organisation collective) ;
- L’approvisionnement alimentaire et matériel de proximité, rendu nécessaire par la vulnérabilité des transports longue distance dépendants du pétrole ;
- La garantie de seuils minimaux, nourriture, eau, santé de base, absence de violence extrême, plutôt que l’égalisation des modes de vie.
Se diriger vers une coopération sélective limitée aux enjeux de survie
Vivre avec le minimum tout en partageant, notamment les savoirs, est une orientation cohérente avec les contraintes.
Un « retour en arrière » global et égalitaire se heurte cependant à la taille de la population, à la perte de savoir-faire, aux densités urbaines et aux intérêts divergents.
La forme la plus robuste de solidarité sous contrainte combine donc :
- des cercles de proximité fondés sur la contribution mutuelle ;
- une réduction des consommations superflues là où elles sont les plus élevées ;
- une coopération sélective à plus grande échelle, limitée aux enjeux critiques de survie.
Vers des approches coopératives
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrivent les approches coopératives : non comme un idéal abstrait, mais comme un cadre pragmatique pour organiser la solidarité là où elle reste viable, en partant des capacités réelles des collectifs et des ressources disponibles.