L’affaire Cambridge Analytica
En période électorale, cette dynamique est exacerbée. Les discours polarisants et les fausses informations se répandent plus facilement, créant un climat de tension, d’hystérie, voire de haine. En 2018, Christopher Wylie, ancien employé de la société Cambridge Analytica, a révélé que l’entreprise s’étaient emparé des données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook sans leur consentement de manière à mettre en œuvre des techniques sophistiquées de manipulation de l’opinion publique. Grâce aux données collectées, Cambridge Analytica a pu segmenter l’électorat en microgroupes et adresser des messages spécifiques à chacun, jouant sur leurs peurs et leurs préjugés. Ces messages étaient conçus pour provoquer des réactions émotionnelles fortes afin de polariser l’opinion publique et la détourner des débats rationnels. La diffusion de fakes news, d’articles fallacieux et de rumeurs vient compléter ce dispositif en créant un climat de méfiance et de division qui renforce les clivages existants et favorise les partis extrêmistes. C’est ainsi que la campagne de Donald Trump a été facilitée.
Des recherches ont montré que sur des plateformes telles que X (anciennement Twitter), les « fake news » se propagent six fois plus vite que les informations avérées.
L’utilisation des réseaux sociaux pour manipuler les électeurs a des conséquences graves pour la démocratie. Elle compromet l’intégrité du processus électoral et nuit à la qualité du débat public. La capacité de jugement critique des citoyens, exposés à des informations biaisées ou fausses, est altérée. La polarisation accrue nuit à la cohésion sociale et rend le dialogue politique plus difficile, pour ne pas dire impossible.
L’affaire Cambridge Analytica souligne la nécessité d’une régulation stricte des données personnelles et d’une vigilance accrue quant à la propagation des fausses informations.
Cultivons la zététique
En grec ancien, le terme zététikos définissait quelqu’un qui aime chercher. La zététique est «l’art du doute», c’est une méthode qui consiste à suspendre son jugement face à une information pour prendre le temps de s’assurer de sa validité. Henri Broch a fondé en 1998 le laboratoire de zététique à l’Université de Nice. A l’origine, la zététique reposait essentiellement sur l’étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, issus des pseudosciences ou des thérapies étranges, afin de faire la différence entre ce qui relève de la science ou de la croyance.
À l’heure des fake news, de nombreux zététiciens tentent de faire la part des choses et essaient de rétablir les faits. N’hésitez pas à visiter, entre autres, les chaînes YouTube "Hygiène Mentale" et "La Tronche en Biais" pour devenir capable se développer votre esprit critique et de lutter contre les trolls. Vous pouvez aussi utiliser "Vera", le numéro de confiance gratuit pour vérifier les faits (https://www.askvera.org/) : 09 74 99 12 95.
Dominique Bénard
(Photo de Aleksei Zhivilov sur Unsplash)